Par Florian Dacheux | 04 juillet 2019 à 15h02 pour Jeune Afrique
Face au désir de revenir vivre et travailler au pays, les membres de la diaspora RD Congolaise se confrontent à un manque d’incitation officielle au retour. Même le secteur privé peine à leur proposer des positions alléchantes.
« N’avons-nous pas des terres à cultiver, une main-d’œuvre en abondance, une vision communautaire à long terme ? », s’interrogeait en 2017, l’écrivaine Liliane Kissimba dans son livre « La RDC demain : Lettre aux Congolais pour un développement inclusif et durable ». Avec plus de 80 millions d’habitants, la RDC ne manque en effet pas de bras pour se développer. Et le pays en dispose aussi hors de ses frontières. Selon leur ministère de tutelle, les ressortissants congolais vivant à l’étranger seraient plus de 16 millions, dont près de 12 millions auraient acquis une nationalité étrangère.
Nombre d’entre eux pensent ou ont pensé à retourner vivre et travailler dans leur pays. Témoins d’un contexte politique encore compliqué, ils hésitent et se confrontent également à des politiques qui ne les incitent pas forcément à revenir.
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Pas d’incitation officielle
« Pour le moment, il n’existe pas de plateformes spécifiques mises en place par le secteur privé ou public pour encourager les personnes de la diaspora à retourner au Congo, note Noel K. Tshiani, patron d’Agere Global, une société de conseil en investissement et stratégie commerciale installée à New York. Les initiatives sont prises de manière individuelle, selon les informations que quelqu’un peut avoir sur une opportunité au Congo », poursuit-il.
Même son de cloche du côté de François Kakese, manager au sein du cabinet d’audit Deloitte : « Pour rappel, le processus d’obtention de visa pour la RDC n’est pas toujours facile. De plus il n’y a pas de facteurs incitatifs particuliers pour promouvoir l’entrepreneuriat congolais. Les entrepreneurs téméraires doivent se débrouiller seuls, la fiscalité, la parafiscalité et les réglementations sectoriels étant de grands freins à toute initiative sérieuse d’entrepreneuriat ». Comme partout, une délocalisation en RDC se prépare. Il est fortement conseillé de déménager avec les ressources nécessaires, un logement, un objectif professionnel et une connaissance du marché ciblé.
Revenir pour les affaires
Selon Noel K. Tshiani, qui est par ailleurs le fondateur du réseau international Congo Business Network, il y a en vérité deux types de profils de la diaspora capables de concrétiser un retour en RDC. D’un côté, les personnes d’origine congolaise qui souhaitent retourner vivre dans leur pays d’origine. De l’autre, les entrepreneurs qui reviennent d’abord pour créer une entreprise, chercher un emploi ou travailler dans une entreprise existante. « Les professionnels et les entrepreneurs sont ceux qui ont les compétences, l’expertise et les ressources financières nécessaires pour contribuer au développement à leur retour, affirme Noel K. Tshiani. Et ceux qui, en Asie, au Canada, aux États-Unis, en Europe ou dans d’autres pays d’Afrique comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Rwanda ou le Maroc, peuvent revenir et contribuer au développement de leur pays d’origine, seront toujours encouragés à le faire ».
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Compétences locales
Difficile pourtant d’enrôler ces Congolais de la diaspora éparpillés à travers le monde avec des représentations diplomatiques présentes dans seulement 68 États. Le secteur privé pourrait être une solution. Mais là encore, aucune certitude à l’heure où les petites et moyennes entreprises ont du mal à trouver des crédits pour financer et développer leurs projets. « Nous envoyons les CV reçus aux différentes agences de recrutement locales mais les discours nationalistes jouent sur la corde sensible et s’adressent plutôt aux ressortissants déjà au pays, témoigne Sophie Olivier, directrice générale de la Chambre de commerce et de l’industrie France Congo (CCI France Congo) basée à Kinshasa. La mode n’est plus au retour de la diaspora mais au local content ».
LA COMPÉTENCE INTERNATIONALE RESTE UNE EXPERTISE EN SOI, MAIS ELLE N’EST PLUS CONDITION SUFFISANTE, COMME ELLE L’AVAIT ÉTÉ AUPARAVANT ».
À travers cette anglicisme, Sophie Olivier fait référence à l’ambition de certaines filières de recruter une main d’œuvre locale et qualifiée. Encore faut-il qu’il y ait une vraie volonté politique en termes de formation professionnelle. « Je dirais qu’il y a eu un fort mouvement de retour jusqu’en 2012, analyse Sophie Olivier. Les recruteurs ne regardaient ni le parcours, ni les compétences réelles. L’embauche était quasi systématique. Les membres de la diaspora étaient censés avoir été formés avec des standards internationaux, gage de qualité compte tenu de l’état du système de formation à l’époque. Il y avait aussi des restrictions en matière d’embauche des étrangers vis-à-vis des quotas. Puis l’engouement est retombé. Ou plutôt le retour à un recrutement raisonné a été privilégié. Les employeurs ont recommencé à regarder un CV en détail. La compétence internationale reste une expertise en soi, mais elle n’est plus condition suffisante, comme elle l’avait été auparavant ».
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